Voilà une de nos plus grandes mémorialistes qui, sans ambages, rédige pour son cher neveu le récit de sa vie d'exception.
Prétend-elle écrire un livre? Nullement. Tout au plus une causerie de vieille femme, les récits d'une tante, selon son humble expression, à l'usage du «lecteur, s'il y en a».
Pourtant, Adèle, fille aînée du marquis d'Osmond, lui-même aristocrate éclairé, a tout vécu, de la monarchie agonisante à la révolution de 1848.
Enfant, elle sautille sur les genoux de Louis XVI et fait les délices de Versailles, sans omettre d'épingler une étiquette corsetée d'une rigueur ridicule.
Immigrée à Londres, pendant la Terreur, à quinze ans, elle tombe sur le malheur de sa vie: le général de Boigne, son époux. Un homme instable, coléreux et tyrannique.
Sous l'Empire, elle rentre à Paris et se voit dans l'obligation d'être assidue à la cour de Napoléon, que la nouvelle noblesse d'Empire rend peu fréquentable.
La comtesse, c'est là toute sa théorie, veut rester fidèle au «juste milieu».
Elle renvoie donc dos à dos les ultras, la noblesse d'Ancien Régime et les révolutionnaires utopiques.
Et si elle brocarde l'Empereur avec ironie, la puissance de ce génie qui a su pacifier la France la laisse bouche bée.
La haine n'est pas son fort, mais le tumulte de la populace lui fait horreur.
Chez la comtesse, la plume acide sert sa paisible passion de la réforme.
Son grand homme est Louis XVIII, monarque constitutionnel, débonnaire, gestionnaire.

